exposition Kanak 1931

L’Histoire d’un Autre (titre provisoire)

Pour cette nouvelle création, la compagnie s’attèle à la construction de « l’Autre », à l’invention du “sauvage“ qui mêle exhibitions humaines et recherche sur les “races“. Dès le milieu du XIXème siècle et jusque dans les années 30, les exhibitions d’hommes et de femmes venus d’autres continents se sont enchaînées dans la vieille Europe, chacun voulant montrer sa puissance, son empire.  Un temps où des hommes venaient voir des « monstres » ou des « exotiques » non pas pour ce qu’ils faisaient, mais pour ceux qu’ils étaient censés être. Des êtres différents. Des êtres inférieurs. Des Autres… figurants.

Dimanche 12 juillet 1998, 21h – Saint Denis, Stade de France – Finale de la coupe du Monde de Football, Brésil-France. La Marseillaise retentit, elle est reprise par la foule et les joueurs français. Le Numéro 19 de l’équipe de France, le regard au loin, fixe et déterminé reste impassible, bouche fermée. Christian Karembeu refuse de chanter l’hymne national. Il le connaît, il l’a appris enfant à l’école de la république en Nouvelle-Calédonie, il ne le peut pas, il ne le veut pas. Il s’agit d’un acte politique en hommage à l’histoire de sa famille, de son peuple et du passé colonial de la France en Nouvelle-Calédonie.

31 mars 1931, 111 Kanaks arrivent à Paris pour être exhibés, au milieu des plantes et animaux exotiques, au jardin d’acclimatation, en marge de l’exposition coloniale. Trompés et humiliés, ils sont présentés comme « les derniers cannibales des îles océaniennes lointaines et parfumées». Ils doivent « jouer » à être des sauvages. Ils sont les objets d’une propagande colonialiste qui les place au plus bas de l’échelle de l’humanité, juste après l’animal. Pendant des mois, ils vivront dans un enclos dans des cases sans confort, obligés de pratiquer des danses guerrières, simuler l’acte de cannibalisme, renier ce qu’ils sont, pour être à l’image de ce que souhaite la France de l’époque. Une partie du groupe sera échangée contre des crocodiles et exposée dans des zoos en Allemagne. Willy Karembeu, arrière grand-père de l’international français était de ce voyage. 

En novembre 1931, pour éviter un trop grand scandale, ils seront renvoyés en Nouvelle-Calédonie.

Les années 80 marquent un regain de tension en Nouvelle-Calédonie. En avril 1988, après deux ans de cohabitation, la France se prépare à l’élection présidentielle, qui voit s’affronter le Premier ministre Jacques Chirac et le président de la République François Mitterrand. Le 22 avril 1988, des gendarmes sont pris en otage par des indépendantistes du FLNKS et amenés à la grotte d’Ouvéa. Cette prise d’otage devient un enjeu électoral. L’île d’Ouvéa est bouclée, déclarée « zone militaire » et interdite aux journalistes, l’armée et le GIGN  sont envoyés. Le bilan est lourd, 19 morts du côté Kanak, 2 du côté des gendarmes. Un certain nombre de voix s’élèvent pour dénoncer des exactions faites par l’armée après l’intervention militaire, certains parlant d’exécutions. Une loi d’amnistie pour les indépendantistes et les militaires est promulguée la même année empêchant tout procès.

Dans la même période, Christian Karembeu part pour Nantes intégrer le centre de formation et commencer sa carrière professionnelle en métropole.

5 mai 1998, l’accord de Nouméa est signé instituant des transferts de compétence et la mise en place de trois référendums d’autodétermination.

Dimanche 12 juillet 1998 aux alentours de 22h50, l’équipe de France remporte la coupe du monde de football face au Brésil 3 à 0. L’euphorie s’empare d’une nation, les médias parlent d’une équipe de France “black-blanc-beur“. Ce mythe s’est imposé comme l’emblème d’une France plurielle unie aux multiples origines rassemblées pour l’honneur de la Nation derrière son meilleur représentant : le fils d’immigrés algériens Zinédine Zidane.

Création prévue en 2024

Avec le soutien du CCOUAC (55)